Risques & Sécurité

Le risque est défini par la combinaison de la probabilité de subir des conséquences négatives et de la gravité de ces conséquences, suite à une exposition à un danger ou à un comportement donné. Le risque peut être un risque subi, pour lequel les individus et les organisations ont peu de contrôle, ou un risque pris, que les individus et organisations choisissent de prendre. L’étude des risques, dans une approche psychologique et ergonomique, renvoie de plus à la distinction entre le risque réel, « objectif », et le risque tel qu’il est évalué par les individus et les organisations. L’évaluation de l’écart entre risque réel et perçu, et l’identification des facteurs liés à cet écart sont donc également nécessaires à une compréhension globale du risque et des moyens de le gérer.

Notre objectif principal dans cet axe de recherche est la compréhension globale des risques, subis ou choisis, dans une démarche de modélisation, de l’individu à l’organisation. Au niveau de l’individu, il s’agira d’étudier l’impact sur le risque des facteurs de personnalité, des attitudes et motivations, des mécanismes de traitement de l’information ou des processus d’influence sociale. Au niveau organisationnel, on s’intéressera à l’articulation entre la sécurité réglée et la sécurité gérée, en particulier dans le cadre théorique novateur de l’ingénierie de la résilience (Hollnagel, Woods, & Leveson, 2006). Cette compréhension des risques permettra de proposer des éléments de connaissance supplémentaires pour la conception d’applications en termes de prévention (comment éviter les événements produisant des risques ?), de protection (comment réduire les conséquences négatives du risque ?) ou de développement (comment favoriser une prise de risque maîtrisée avec des conséquences positives ?). En ce sens, les approches des deux laboratoires sont complémentaires et autorisent un point de vue systémique sur le risque.

Les travaux de cet axe peuvent être organisés selon le modèle des 4 « E » de la sécurité (Enforcement, Education, Engineering, Environment), qui trouve son origine dans le domaine de la prévention routière. Les recherches de la dimension Education consistent en le développement et l’évaluation de mesures d’éducation ou de formation visant à la réduction des risques (involontaires ou choisis). Les recherches de la dimension Enforcement évaluent l’efficacité des dispositifs de contrôle et de sanction des comportements à risque, aux niveaux organisationnel (règlements) et légal (réglementation et lois) et cherchent à déterminer les dispositifs les plus efficaces pour diminuer la prise de risque ou pour promouvoir les stratégies de gestion du risque (coping) appropriées. Les recherches de la dimension Engineering visent à une compréhension du fonctionnement de l’opérateur humain et de l’utilité et l’acceptabilité des technologies, pour permettre une coopération homme-machine efficiente et sûre. Enfin, les recherches de la dimension Environment étudient l’impact des facteurs relevant de 3 niveaux d’analyse (interactionnels, situationnels et institutionnels) sur la prise de risque et les stratégies de coping adoptées. Les recherches menées dans ce cadre instruisent majoritairement l’une des dimensions ; certaines recherches sont plus transversales. Plus précisément, les problématiques étudiées sont les suivantes.

Dans le domaine de la Mobilité et du transport, les recherches porteront sur l’identification des facteurs environnementaux conduisant à une mauvaise perception du risque routier et à la prise de risque. Ces recherches évalueront d’une part l’effet de la légitimité perçue et l’acceptabilité de la règle, ainsi que du sentiment d’impunité, sur la prise de risque (individuelle comme collective), et d’autre part, l’impact de la peur de la sanction, au travers des contrôles et sanctions policiers, et l’acceptabilité des nouveaux dispositifs d’aide à la conduite. Des recherches plus ciblées évalueront l’utilité et l’acceptabilité perçue des nouvelles technologies d’aide à la conduite et la mobilité.

Dans le domaine du travail et des organisations, notre objectif sera de concevoir et évaluer des modèles originaux d’évaluation des dispositifs de professionnalisation à la sécurité, afin de proposer des recommandations pratiques à l’attention des institutionnels et des industriels. Il s’agira d’abord d’identifier les normes organisationnelles en matière de risque et leur impact sur la prise de risque et les représentations des risques professionnels et industriels. Ensuite nous nous intéresserons aux moyens de diminuer le risque organisationnel, par la comparaison de différentes stratégies de sécurité, et par l’identification de systèmes favorisant une coopération hommes-machines efficiente et sûre.

Dans le domaine de l’éducation, nous chercherons à déterminer les modalités de formation les plus efficaces pour favoriser une perception plus correcte du risque, pour diminuer la prise de risque ou pour promouvoir les stratégies de coping appropriées, en fonction de la nature du risque et de son niveau (collectif ou individuel) et en fonction des caractéristiques du public cible et de son exposition au risque.